Shaun Levin aux Mots à la Bouche

English

Le jeudi 4 avril 2019, Shaun Levin était invité à la librairie Les Mots à Bouche, 6 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, Paris 4ème, pour discuter de Sept petites douceurs en présence de ses éditeurs à L’Antilope, Gilles Rozier et Anne-Sophie Dreyfus. Le même week-end, il était aussi invité à la librairie La Tête Ailleurs, où s’est déroulé un entretien très différent. La rencontre aux Mots à Bouche a été animée par Nicolas Wanstock.

Nicolas Wanstock : Sept petites douceurs raconte une relation physique et amoureuse, dévorante, que le narrateur, Shaun, entretient pendant plusieurs mois à Londres avec Martin, qui vit avec une femme. Le Banquet de Platon s’invite partout dans le texte, et pas seulement dans l’incipit : on y retrouve plusieurs des réflexions sur l’amour ainsi que des personnages du Banquet, et Socrate en personne apparaît dans un train et discute avec Shaun. Quelle importance Le Banquet de Platon a-t-il eu dans votre écriture et plus particulièrement dans l’écriture de ce roman ?

Shaun Levin : Pour moi l’écriture a toujours été une forme de compagnie. En tant que Juif errant, nouveau en Angleterre – le livre a été écrit pendant ma première année en Angleterre, juste après la mort de mon père, et il y avait aussi ce grand amour qui était un amour secret car on ne pouvait pas le vivre au grand jour –, c’était une forme de compagnie dans cette période de deuil et de peine. C’était une grande joie pour moi après la mort de mon père. Je savais que ces personnages étaient fictifs, mais ils me donnaient l’impression d’une compagnie au sens physique. Quant à Platon et au Banquet, disons que ça faisait partie du jeu…

Nicolas Wanstock : C’était une petite « bande », en quelque sorte ?

Shaun Levin : Oui, c’était ça. Et ce qu’il y a de bien avec les livres c’est qu’on peut les transporter partout. J’avais l’impression de me déplacer partout avec cette petite bande qui passait son temps à boire et à discuter…

Nicolas Wanstock : Et c’est d’amour qu’ils discutaient. Le sujet du Banquet, c’est l’amour sous tous ses aspects, et l’amour est aussi le sujet de votre roman. Lorsque Christophe Lucquin, l’un de vos éditeurs précédents, vous a posé la question : « C’est quoi l’amour pour toi ? », vous lui avez répondu : « Avant tout des tourments, et un lien intime, dévorant, avec une espèce d’instinct primaire. Sans l’écriture, je ne suis pas sûr que je saurais quoi en faire. » Tout au long du roman il y a cette angoisse du personnage, Shaun, qui ne sait jamais si cette histoire est une histoire d’amour ou seulement une histoire de baise. Le sexe occupe une place centrale dans le roman. Il y a de nombreuses scènes érotiques qui se mêlent parfois à la gourmandise : on mange beaucoup, on baise beaucoup, et parfois on fait les deux en même temps. Avec le recul, puisque bien des années se sont écoulées depuis la sortie de Seven Sweet Things au Royaume-Uni, pensez-vous que vous avez écrit une histoire d’amour, ou de cul, ou les deux ?

Shaun Levin : Je suis passé à la librairie tout à l’heure et vous m’avez posé plusieurs questions sur Londres, où j’ai vécu pendant vingt ans et dont je suis parti il y a bientôt deux ans. Cette petite discussion m’a trotté dans la tête. J’ai repensé à cette histoire d’amour que j’ai eue avec Londres, qui s’est terminée il y a deux ans et dont le livre raconte en fait le début. Je suis tombé amoureux de cette ville en même temps que de cet homme, et j’étais ouvert à tout. Au sexe, notamment. Soudain, tout est ouvert, tout est possible, et tout est beau. Il y a tous ces petits recoins dans le corps et dans la ville, toutes ces petites découvertes à faire dans le corps de l’autre et dans des coins de la ville. De nombreux lieux qui apparaissent dans le roman sont des lieux repliés de Londres. Je crois que je ne fais pas vraiment la différence entre sexe et amour. Peut-être que c’est aussi parce que je n’ai jamais eu de relation longue. Quand on a une relation longue, je me dis que le rapport au sexe change, mais je n’ai jamais été dans cette situation.

Nicolas Wanstock : Il y a beaucoup de sexe dans cette histoire. Les scènes de sexe sont-elles importantes à vos yeux ? Trouvez-vous que la littérature doive parler de la sexualité des minorités sexuelles ? Pensez-vous que la littérature puisse aider à se construire en tant qu’homosexuel ?

Shaun Levin : On ne devrait pas être au lit, nus, pour discuter de toutes ces questions ?… (Rires dans l’assistance.) Je crois que ce que j’ai trouvé dans la littérature, c’est une série d’options et de façons de vivre en tant que – je ne sais pas – monstre, anormal, marginal, ou différent par sa sexualité. Il y a eu beaucoup d’auteurs américains dans les années 1970, certains auteurs français aussi, qui étaient très explicites, pas d’une manière clinique, mais ils étaient très descriptifs, et cela correspondait à ce que je voulais faire. Pour moi le but n’a jamais été l’érotisme ou la sexualité en soi. La sexualité n’est qu’un aspect de notre expérience ; or comment parler d’une expérience qui reste étrangère aux mots ? Comment trouver des mots qui soient si proches de l’expérience qu’ils donnent le sentiment de se confondre avec elle, si ce n’est qu’elle est non verbale ? Telle était la question qui se posait à moi—et personne n’avait la réponse, car personne n’avait la même expérience que moi : comment décrire ce qui m’arrive ? Comment trouver les mots ?

Nicolas Wanstock : Nous avons récemment reçu ici Andrew Sean Greer, lauréat du prix Pulitzer pour Les Tribulations d’Arthur Mineur, où il pose la question suivante : que peut ou doit être un bon auteur gay ? Vous considérez-vous comme un auteur gay ? Croyez-vous à l’existence d’une « littérature gay » ? Et faut-il qu’un auteur gay se sente responsable vis-à-vis de la communauté gay lorsqu’il écrit sur l’homosexualité ?

Shaun Levin : Je n’ai pas de réponse intelligente à cette question. J’aurais l’impression de vous trahir si je vous répondais que je ne me vois pas comme un auteur gay, mais les étiquettes de ce genre ont du sens lorsqu’on se sent intérieur à la communauté. Elles m’ont servi à l’époque où j’explorais ma sexualité et où je cherchais à me définir. Je ressentais le désir de m’inscrire dans une communauté, d’en faire partie, mais aujourd’hui je ne suis pas sûr de ma place vis-à-vis d’elle. La majeure partie de mon travail est très solitaire et je mène une vie d’ermite. Lorsqu’on les voit de l’extérieur – et je vis aujourd’hui dans une langue étrangère et loin de mon peuple –, ces étiquettes paraissent bizarres. Je me dis : d’accord, je ne les rejette pas, car je ne veux pas être en retrait de cette communauté, mais je n’ai pas le sentiment d’en faire partie non plus. Je n’ai rien contre. C’est juste mon mode de vie depuis quelque temps. Je ne me définis pas comme un auteur gay, en tout cas pas dans une perspective politique… Voilà pour ma « réponse intelligente » !…

Nicolas Wanstock : Sept petites douceurs présente des recettes de « petites douceurs » : pâtisseries, gâteaux, cookies… Shaun parle aussi souvent de nourriture au fil du texte : « Mon chéri est un chat, je le sais bien, il restera auprès de qui le nourrira le mieux. » Plus loin : « Je suis Shéhérazade, remplissant la bouche de son souverain pour éviter d’avoir la tête tranchée. » Encore plus loin : « Le jour où l’on s’est rencontrés, on a fait l’amour pendant des heures et je me suis dit : voilà ce qu’est une muse ; voilà où Picasso a dû puiser pour pouvoir continuer à peindre ; voilà ce que Gertrude a trouvé chez Alice. » On songe bien sûr au Cook Book d’Alice B. Toklas, ainsi qu’à ce court et merveilleux roman de Monique Truong, Le Livre du sel, sur le cuisinier de Gertrude Stein et Alice B. Toklas, un chef vietnamien homosexuel entretenant une liaison avec un homme marié. Y a-t-il là une référence ? Et sinon, d’où vous est venue l’idée de mettre des recettes dans le livre ? Plus généralement, quelle relation faites-vous entre manger et faire l’amour ?

Shaun Levin : À l’époque où j’ai écrit ce roman, Chocolat amer de Laura Esquivel était sorti depuis un certain temps, avec un mélange de récits et de recettes comme dans le Cook Book d’Alice B. Toklas. Je crois qu’un éditeur aurait pu me dire : « Les recettes ne sont peut-être pas nécessaires », mais il se trouve que j’étais mon propre éditeur et que si les recettes ne s’imposaient pas, je me suis dit : « Pourquoi ne pas les mettre, si j’en ai envie ? » Ça me semblait une raison suffisante. C’était aussi une façon d’introduire une voix différente dans le roman. Lorsque je l’ai relu avant sa sortie en français – ça faisait une dizaine d’années que je ne l’avais pas rouvert –, il m’a frappé par son intensité et je me suis dit : « Le pauvre garçon ! » Il y a une telle souffrance, un tel amour, une telle douleur, que les recettes sont comme des moments de relâche : « Détends-toi, disent-elles. Lis une ou deux pages pour te sortir un peu de ce livre, et reviens-y. » C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe dans la vie. On a des moments très intenses au lit, et soudain on se lève, on va aux toilettes, on se fait un café, et ça fait une petite pause dans toute cette intensité.

Nicolas Wanstock : Vous voulez nous lire un extrait ?

[Shaun lit le début du chapitre 5 :]

Voilà comment nous nous apprêtons à jouir aujourd’hui : comme des adolescents, comme des pervers, à force de nous masturber l’un l’autre avec des paumes dégoulinantes de salive et de gel lubrifiant. Il me mordille la pointe des tétons, et j’ai la langue qui s’aventure au creux de ses aisselles ; nous sommes des acrobates. Parfois j’ai l’impression que mes articulations vont céder, que ma langue va soudain se décrocher si je le lèche encore longtemps de cette façon ; et, quant à lui, à force de me dévorer comme sous le coup d’un souvenir si terrifiant qu’il en est indicible, il va finir par me rogner la pointe des tétons. Et quand nous en serons là, quand ce germe de chair lui sera resté entre les dents, que mon sang lui coulera sur les lèvres, une fois passé le choc à l’idée d’avoir en bouche mes terminaisons nerveuses, me sera-t-il enfin fidèle ?

« Maintenant, dis-je. Vas-y. »

Son sperme jaillit comme une eau bénite, comme les gentillesses et les belles promesses. Le mien, je le laisse s’écouler à contrecœur, c’est une surprise s’il atterrit plus loin que les poils pubiens. L’année qui avait précédé notre rencontre, mes éjaculations s’étaient réduites à de maigres filets, et face à tant d’autres signes de vieillissement – poils de la poitrine grisonnants, rond de calvitie telle une kippa sur le haut du crâne –, je m’étais convaincu que la détresse de mon être se reflétait dans ma chair. L’impression s’était imposée au fil du temps, mais complètement : plus jamais je n’atteindrais le mur derrière ma tête. Plus de : aïe, ça, c’était mon œil. Ni de : putain, tu jouis des tonnes. Nulle extase pornographique en perspective. Rien de tel avec mon amant ; sa beauté, son amour m’ont rendu toute ma verve.

Toutes les transformations de l’organisme ne sont pas irréversibles.

« Tu es mon étincelle.

– Approche », dit-il en se lovant contre mon flanc.

Il a la respiration lente, profonde, sa joue est pressée contre mon épaule et sa main est dessous pour que les poils de ma poitrine ne lui chatouillent pas les narines. Du bout du doigt, je trace des sillons de sperme sur sa peau douce, et, comme un escargot traversant une ardoise, je monte de la hanche jusqu’aux côtes. Comme mon doigt évolue avec aisance ! Comme son épiderme est accommodant ! Mon autre main se niche entre ses cuisses, dans la moiteur de la transpiration, du sperme, du lubrifiant.

Ce sont des jours de lune de miel, année du Dragon, mois de novembre. À un moment comme celui-là, je pourrais le demander en mariage. Quel spectacle on ferait, en haut des marches, à la mairie de Hackney ! Pour toi, ô mon amant, je porterais le costume, ce symbole de l’hétéro-patriarcat ; je dépenserais jusqu’à mes derniers sous rien que pour me retrouver debout près de toi. Prends cette alliance, en gage de mon… Mais, redoutant d’être déçu, je ne veux rien savoir des images qui te viennent à l’esprit, ni de tes fantasmes nous concernant. Pourront-ils jamais avoir la même perfection que les miens ?

« J’ai envie de te dessiner.

– Je ne te savais pas peintre.

– Moi non plus.

– Encore à faire ton cachottier, dit-il en se rallongeant sur le dos, mains sur le ventre, les sourcils froncés. Qu’est-ce que tu peux faire d’autre dont tu ne m’aies pas encore parlé ?

– Avec des mots, dis-je, assis en tailleur à côté de lui. Je veux faire ton portrait avec des mots. »

Saisir les lignes de son torse ; l’ombre portée dans le creux séparant ses pectoraux ; les plis infimes qui lui strient l’abdomen lorsque, une fois arrivé chez moi, il se penche pour ôter son pantalon ; les poils délicats de ses aisselles ; ceux qui griffent son anus comme des traits de crayon ; son nombril vierge, pur de toute peluche ; ses lèvres, souvenir d’un probable ancêtre noir, comme son sexe et ses tétons pourpres, bien plus hâlés que sa peau.

Je veux me le représenter tel qu’il était avant d’être couvert de muscles, décrire les parties de son corps que n’ont pas transformées les heures passées sur le terrain de rugby, à la piscine ou à la gym dans l’espoir de dissimuler l’essence, de faire disparaître le pépin sous la poussée du fruit.

« Tu n’as pas encore terminé ? Je n’aime pas quand on me regarde comme ça.

– Tu crois qu’amour et armure ont la même racine ? »

Occupé à retranscrire son corps sur la page, je m’efforce de faire la conversation. « Aucune idée. Tu as fini ? »

Nicolas Wanstock : Merci, Shaun… Et maintenant, je ne sais pas qui a fait ces gâteaux ?…

Gilles Rozier : C’est Régine, qui n’est pas là mais à qui nous pouvons rendre hommage !

Sébastien Grisez : Avant qu’on passe au buffet, Shaun, pouvez-vous nous présenter ces autres livres que vous nous avez apportés tout spécialement ?

Shaun Levin : Il y environ a trois ans, je me suis réinventé en tant qu’artiste. Je me suis mis à faire de la photographie et des illustrations, à mélanger texte et images, et je me suis créé une autre identité. C’est ainsi qu’est né « Michael Wynn ». Ses livres ne portent pas mon nom, mais c’est moi.

Sébastien Grisez : J’ai une dernière question : Dans le dernier chapitre, Shaun retrouve Martin dans un sauna deux ans plus tard. Ce chapitre est intitulé « Prologue » mais, comme il est tout à la fin, ça m’a beaucoup interpellé.

Shaun Levin : Je crois que c’était une erreur !

Sébastien Grisez : Le roman juxtapose parfois les scènes et les styles de façon aléatoire et je me suis dit que mettre le prologue à la fin avait peut-être été une façon de le souligner, mais peut-être que tout cela est trop loin et que vous avez oublié…

Shaun Levin : C’est sans doute un lapsus…

Anne-Sophie Dreyfus : À moins que !… Je ne veux pas donner l’impression d’apporter une explication car c’est évidemment une affaire personnelle, mais ce chapitre n’est-il pas aussi le début d’une nouvelle histoire ? Vous rencontrez quelqu’un d’autre, et quoi qu’il arrive ensuite, il est clair que Martin appartient au passé.

Shaun Levin : Je crois que c’était une erreur, mais ce que révèle peut-être ce lapsus, c’est que les signes de la fin étaient au commencement.

Gilles Rozier : C’est une belle interprétation !

Shaun Levin : Je ne m’en sors pas trop mal ! Et maintenant, mangeons !

Un visiteur : C’est une recette du livre ?

Gilles Rozier : Oui !

Le visiteur : Et les recettes du livre, elles étaient de vous ?

Shaun Levin : À cette époque, je travaillais dans une école maternelle et je cuisinais beaucoup. Les recettes n’étaient donc pas de moi mais je les ai adaptées. Ce sont des vraies recettes !

____________________

Shaun Levin at Les Mots à la Bouche

On Thursday, Avril 4th, 2019, Shaun Levin was invited by the Parisian bookshop Les Mots à la Bouche to discuss Paris 4ème, Seven Sweet Things, published in French as Sept petites douceurs, together with his publishers at L’Antilope, Gilles Rozier and Anne-Sophie Dreyfus. Later the same week-end, Shaun was also invited at La Tête Ailleurs where a very different interview took place. The interview at Les Mots à la Bouche was conducted by Nicolas Wanstok.

Nicolas Wanstok: Seven Sweet Things tells an intense sex and love affair, which the narrator, Shaun, has in London during a few months with Martin, who otherwise lives with a woman. Plato’s Symposium permeates not only the opening lines but the whole text: the reader comes across thoughts on love and characters from the Symposium, and Socrates himself materialises on a train et talks to Shaun. How important Plato’s Symposium was on your writing and more particularly in the writing of this novel?

Shaun Levin: For me writing has always been a form of company. So, as a wandering Jew, and being new to England—the book was written during my first year in England and it was just after my father’s death—there was also this great love which was also a secret love because we couldn’t be out in the open—, it was a way of having company among this loss and grief. There was a great joy in finding something to replace my dead father. I knew these characters were fiction, but they felt like real physical company. And Plato and the The Symposium were really just part of the game, somehow…

Nicolas Wanstok: They were your “crew”, so to speak?

Shaun Levin: They were very much so. And there’s this thing with books that you can always carry them with you. It was like carrying a group of guys hanging out and drinking and talking…

Nicolas Wanstok: And they were talking about love. And love in all its aspects is the subject of Seven Sweet Things as well as it was the subject of the Symposium. When you were asked by a previous French publisher Christophe Lucquin: “What is love for you?”, you said: “Torment, mainly. And a profound and all-consuming sense of involvement with some kind of primal force. Without writing, I’m not sure I’d know what to do with love.” Throughout the novel Shaun shows anxiety, not knowing whether his story is a love story or just a sex story. Sex plays a central part. There are a lot of erotic scenes, sometimes mingled with “gourmandise”: there is a lot of eating going on, a lot of fucking too, and sometimes both at once. Now, with hindsight—it’s been years since your novel was published in the UK—, would you say you wrote a love story, a fuck story, or both?

Shaun Levin: I was in the shop earlier and you asked me about London. I lived in London for twenty years and left almost two years ago. That little exchange that we had actually obsessed me. It got me thinking about how my love affair with London ended two years ago, and the book was about the beginning of my relationship with London. I was falling in love with the city and with this one person and I was being open to everything. This, I suppose, includes sex too. Everything is open and possible and beautiful. There are all these little holes in your body and in the city, all these little discoveries that you make in the other person’s body and in corners of the city. A lot of the spaces that appear in the book are this sort of hidden spaces in the city. I suppose I don’t really separate between love and sex. Maybe it’s also because I never had a long-term relationship. I suppose when you do your relationship to sex changes, but I never did.

Nicolas Wanstok: There is a lot of sex in this story. Is it important for you to write about sex? Do you think literature should talk about the sexuality of sexual minorities? Do you think literature can help one build themselves as homosexuals?

Shaun Levin: So many questions! And such good questions, too… Shouldn’t we all be in bed to discuss these, naked?… (Audience laughs.) I think what literature gave me was a series of options and ways to be as—I don’t know—a freak, a queer, an outsider, or someone with a different sexuality. There were many American writers from the 1970s, and some French writers too, who were very explicit, not in a cold way, but they were very descriptive and I felt like that was what I wanted to do. For me it was never about eroticism or the sex itself. Sex is just part of our experience, and how do you find the words for something that it is not about words? How do you find words that are so close to it that they feel like it, except that it is an experience that is non verbal? That was always the exciting challenge for me—and it is something that nobody else can do because nobody else has the same experience that I have: how do I describe this thing that is happening to me? How do I find words for that?

Nicolas Wanstok: We recently had an event with Andrew Sean Greer, the Pulitzer Prize laureate for Less, in which he asks the following question: What can, or should, be a good gay writer ? Do you consider yourself as a gay writer? Do you think that something such as “gay literature” exists? And should every gay writer who writes about homosexuality bear responsability towards the gay community?

Shaun Levin: I don’t have an intelligent answer for that question. I feel like if I say I don’t see myself as a gay writer I would betray you, but these kinds of labels are when you see yourself as part of the community. I used them when I was exploring my sexuality and defining myself. I felt like I wanted to belong to a community, or I felt part of it, but now I’m not sure that I belong to it anymore. A lot of the work that I do is very solitary and I live a hermit’s existence. When you look at these labels from the outside—and now I’m living in a foreign language and away from my people—, they start to feel strange. I think: OK, I’ll take the labels because I want to belong to that community, but I don’t feel part of it. I don’t have anything against it. It’s just the way I live at the moment. I don’t define myself as a gay writer and I wouldn’t make it a political statement… That is my “intelligent answer”!…

Nicolas Wanstok: Seven Sweet Things offers a series of recipes for “sweet things” such as pastries, cakes, and cookies… Shaun talks a lot about food, too: “My beloved is a cat; I know he’ll stay with the one who feeds him the most.” And: “I’m Scheherazade feeding her sovereign to keep him from chopping off her head.” And again: “On the day we met, after we’d made love for hours, I thought: So this is what a muse looks like. This is what Picasso relied on to keep painting. This is what Gertrude saw in Alice.” Of course one thinks of Alice B. Toklas’s Cook Book, as well as this small, marvelous novel by Monique Truong, The Book of Salt, about the story of Gertrude Stein’s and Alice B. Toklas’s cook, a gay Vietnamese cook who was having an affair with a married man. Was there a reference there? Or where did the idea come from to put recipes in the book? And more generally what relationship do you think there is between eating and having sex?

Shaun Levin: When I wrote the book, Laura Esquivel’s Like Water for Chocolate had been around for a while, mixing stories and recipes, as well as Alice B. Toklas’s Cook Book. I suppose an editor could have said: “Maybe the recipes aren’t necessary,” but as it happened I was my own publisher and even if it was not a great choice to put recipes in there, I thought: “What if I just want to?” That seemed a good enough reason. It was also a way of having a different voice in the book. When I read it again just before it came out in French—I hadn’t read it for about 10 years—it felt so intense that I thought: “Poor boy!” There’s so much pain and love and grief that the recipes are a nice break: “Calm down a little bit, they say. Read something that kind of throws you out of the book for a couple of pages, and then come back.” And maybe that’s what happens in life, too. You have really intense sex and then you get up and you go to the toilet and you make some coffee, and all of it is like a little pause from the intensity.

Nicolas Wanstok: Would you like to read an excerpt for us?

[Shaun reads from beginning of chapter 5:]

This is how we get ready to come today: like teenage boys, like perverts, jerking each other off, fists oiled with spit and ID Glide. Him nibbling on the tips of my nipples, my tongue in his armpit; we are acrobats. Sometimes I think my joints will snap, that I’ll rip my tongue from my mouth if I keep lapping at him the way I do; he’ll gnaw off the tips of my tits, his hunger like a memory too terrifying to articulate. And when he does, when we get to the point where he’s had my blood on his lips, tasted that wheat-grain of flesh between his teeth, got over the shock of having my nerve-ends in his mouth, will he then be faithful to me?

“Okay,” I say. “Now.”

His cum falls like holy water, kind words and promises. Mine, I let go of reluctantly, a surprise when it lands any further than the edge of my pubic hair. In the year before we met, my shooting had dwindled to a dribble, and like other changes to my body – the grey hairs on my chest, the bald patch like a yarmulke on my head – I sensed my internal desolation making itself known on my flesh. The realisation had been gradual and complete: I would no longer be hitting the wall behind my head. There’d be no more: Ow, that was my eye. No more: Fuck, you shoot big loads. No more pornographic expressions of wonder about anything. My love has changed all this; his beauty and his love have got me firing again.

Not everything about the body is irreversible.

“You’re my spark,” I say.

“Come closer,” he says, curling against the side of my body.

His breathing is slow and deep, his cheek on his hand on my shoulder, to keep the hairs on my chest from tickling his nose. I draw cum trails on his smooth skin, like a slug crossing slate, sliding over his hip and up towards his ribcage. The ease with which it travels; how accommodating the surface of his body is. My other hand nestles between his legs, in the moist warmth of sweat and cum and lubrication.

These are honeymoon days, November in the Year of the Dragon. At a moment like this I could ask him to marry me. What a fine view it would be from the top of the stairs of Hackney Town Hall! For you, my love, I would wear a suit, dress in the outfits of hetero-patriarchy; I would spend my last pennies just to stand there with you. With this ring, I thee… But the fear of disappointment stops me from asking for the images in your head, the fantasies of us you create. Could they ever be as perfect as mine?

“I want to draw you,” I say.

“I didn’t know you painted,” he says.

“I don’t,” I say.

“You’re being secretive again,” he says, lying back, his hands on his stomach, frowning. “What else can you do that you haven’t told me?”

“With words,” I say, sitting cross-legged beside him. “I want to put you into words.”

To capture the curves of his chest; the way the shadow falls across the cleft between his pecs; the folds of skin on his tummy like tight pleats as he bends to remove his trousers after he gets here; the delicate hairs in his armpit; the pencil marks of those around his arsehole; his lint-free belly-button; his lips that carry memories of an ancestor who might have been black, like his penis, his nipples, purple-brown, several shades darker than his skin.

I want to imagine him before muscles covered his body. To put into words the parts unchanged by hours on the rugby field, in the swimming pool, at the gym; hours devoted to hiding the essence, growing fruit around the pip.

“Have you finished yet?” he says. “I don’t like being looked at like this.”

“Do you think armour and amour come from the same root?” I say, making casual conversation as I copy his body onto the page.

“Whatever,” he says. “Are you [finished]?”

Nicolas Wanstok: Thanks, Shaun… Now, I don’t know who made these cakes?…

Gilles Rozier: Régine is not here today but we can pay her a tribute!

Sébastien Grisez: Before we have refreshments, Shaun, could you tell us about all these other books that you brought especially for tonight?

Shaun Levin: About three years ago, I reinvented myself as an artist. I started doing photography and illustration, and mixing text and images, and I created another persona with another name. This is how “Michael Wynn” came up. His books don’t have my name on them but they are me.

Sébastien Grisez: I have one last question: In the last chapter, Shaun meets Martin again in a sauna two years later. This chapter is entitled “Prologue” but is definitely at the end of the book and I was very puzzled by that.

Shaun Levin: I think that it was a mistake!

Sébastien Grisez: The novel sometimes juxtaposes scenes and styles in a very inconsequential way and I thought putting the prologue at the end might be a testimony of this, but maybe it’s too far away and you don’t remember…

Shaun Levin: It might be a Freudian mistake…

Anne-Sophie Dreyfus: Or not! I don’t want to look like I’m offering an explanation because it’s obviously personal but isn’t it also the beginning of another story? You’re meeting another guy in this final chapter and whatever happens with him you clearly move on from Martin.

Shaun Levin: I think it was a mistake but what the Freudian slip might be saying is that the signs of the end were at the beginning.

Gilles Rozier: Here is a nice interpretation!

Shaun Levin: It’s my way out of the mistake! But now let’s eat!

A visitor: Is this a recipe from the book?

Gilles Rozier: Yes!

The visitor: Were all the recipes your own? Shaun Levin: I used to work in a kindergarten and bake a lot so they were recipes that I found but I adapted them. They all work!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :